29/05/2017

28/05/17 : Bruxelles : Quand tu prépares ta dissertation pendant plus de 5 ans…

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C'est la seule photo qui est en lien avec le vrai propos de cet article...

 

...Et que tu finis par répondre à côté de la question…

J’ai toujours beaucoup réfléchis à la nécessité, le but, la raison pour laquelle je courais. Qu’est ce que je vais chercher dans ses heures sur le macadam, dans les bois, dans la nuit et le vent. J’ai donc assez vite écouté les avis des autres sans toujours les partager mais en les respectant. Ce blog était d’ailleurs un reflet de ce que je pensais de mon côté.

Il y a plus de 5 ans donc, sur un forum bien connu à cette époque (un forum, pour les jeunes, c’est un peu l’ancêtre de Facebook mais en mieux!), une phrase a titillé mon envie de prouver que mon approche de la course à pied n’était pas complètement folle contrairement à ce qu’on pouvait penser à première vue… et a sûrement titillé aussi mon envie de courir avec les autres mais pas tout à fait comme eux… Je ne donnerai que le pseudo (oui, pour les jeunes, sur un forum, on ne donnait pas son nom, on utilisait des faux noms plus ridicules les uns que les autres…) de celui qui l’a mise sur le forum bien que tout le monde puisse le reconnaître sans que je ne le cite. Notre vision diamétralement opposée de la manière de courir étant connue à travers le monde autant que notre respect mutuel ce qui m'a fait avancer comme vous allez le voir !

Le déclencheur de ce qui s’est terminé hier aux 20kms de Bruxelles fût donc ce genre de phrase :

« J'ai mis 4 ans pour réaliser une performance qui m'ouvrait les portes du box 1 .. 
A ma grande surprise ce jour-là, je me suis retrouvé avec Becassine et le Marsupilami sous les arcades ... avec des numéros encore plus sympas que le mien... » (Shamrock, 2013)

« S'ils sont partis de l'arrière alors, rien à dire mais c'est dommage de gaspiller un dossard du premier box pour partir derrière et déguisé » (Flow, 2013)

Il va de soit que je fais partie des joggeurs déguisés et ces 2 phrases dans le même post (j’ai passé quasi une heure à rechercher dans les archives les vraies phrases… quand on fait une dissertation, on s’assure de ses sources…) m’amenaient une foule de questions :

* Est-ce que les gens déguisés sont arrivés avant Shamrock ?

* Si le type décide de se déguiser au dernier moment et qu’il va derrière avec son « beau » dossard pour garder son ami de la première phrase, va-t-il perdre son ami de la deuxième phrase ?

* Jusqu’où peut-on s’amuser sur une course ?

* Jusqu’où doit-on être sérieux sur une course ?

* Est-il possible de se retrouver déguisé dans le box 1 sans tricher ?? et ce fût le début de ma descente dans l’enfer des gens déguisés à outrance… (c’est où Outrance?)

Le seul moyen de prouver quoi que ce soit était de passer au test grandeur nature sur les 20 kms, bien sûr !

Donc j’ai commencé à vouloir courir les 20 kms déguisés pour voir si c’était faisable et le deuxième step sera de faire un temps pour se retrouver le plus devant possible à la régulière.

J’ai commencé un peu fort point de vue déguisement… une chaise roulante pas vraiment roulante, des fruits pas vraiment efficaces… Je devais me recadrer pour pouvoir atteindre le but final. J’avais pourtant déjà prouvé 2, 3 trucs…

La première année déguisée, j’avais le dossard 214 (à la régulière… mais pas déguisé ;-) ) . Et effectivement, je me suis quasiment fait engueuler d’être dans le dernier box ! En même temps j’avais juste utilisé mon nom pour pouvoir avoir un dossard. Je n’avais aucun moyen de demander un dossard moins bon… il est donc mal vu d’être bon et de faire le choix de ne pas être bon le jour des 20 kms… Je le note et je m’en félicite.

La fois où on l’a fait avec la chaise roulante m’enseigna que c’est bien de déconner mais on est quand même dans un peloton donc il faut avoir la notion de sécurité toujours en tête ! On avait un groupe de presque 10 personnes autour pour éviter de gêner les autres coureurs et pour casser des chevilles que l’on connaissaient au cas où on perdait un peu le contrôle...Les limites du mélange entre déguisés et non déguisés commençaient à se montrer.

Les fruits (le sommet de ma carrière…) m’enseigna que les 20 kms commençaient à prendre un tournant de moins en moins pour le fun. On a tourné en 3 h en commençant les derniers et à la place des groupes pour le fun qu’on aurait pu croiser quelques années avant nous avons vu des personnes qui se lançaient pour leurs premiers 20 kms et qui à partir du premier ravito se demandaient déjà où se trouvait la route… Jouer aux crétins au milieu de ces zombies enlevait un peu du fun de l’affaire… On a bien ri quand même mais c’est moins communicatif sauf avec le public.

J’ai donc chercher quelque chose de plus efficace et de moins tape à l’oeil. Et MaxiET fit son entrée dans le grand monde des joggeurs (cherchez « LaMascotte Et » dans le classement des 20kms de Bruxelles...). La première année fut utile pour apprendre à le manier dans la foule et à s’assurer de pouvoir aller plus vite sans le groupe qui m’accompagnait lors de cette première sortie. Le public devenait fou quand il voyait MaxiET. Il est connu de tous et c’est vraiment très impressionnant de courir avec lui. Les joggeurs ne le prennent pas mal non plus car ça fait moins impressionnant que les fruits. J’avais trouvé la solution idéale ! Plus qu’à faire un chrono… et se réinscrire l’année d’après pour savoir dans quel box on allait tomber !

Aussitôt, aussitôt fait… enfin, il faut quand même chaque fois attendre un an ! Je l’ai donc fait à fond et là, la limite entre le déguisement et la sécurité fût vraiment frôlée… Maintenir le cap du diable de MaxiET me demandait une concentration de tous les instants, j’en perdais tout le fun de l’affaire car je ne savais même pas lever la tête quand quelqu’un appelait ET. Je devais rester dans ma bulle pour éviter les 30,000 autres joggeurs qui n’avaient rien demandé. Là, clairement, j’ai vu le côté débile (dans le vrai sens du terme) de la chose. Mélanger fun et chrono n’est clairement pas une bonne idée où il faut en limiter un des 2. un déguisement relativement efficace pour courir (en femme par exemple, c’est un exemple!!!!) où on décide de courir sans pression de chrono. La seconde où j’ai perdu le contrôle du diable dans la descente de l’Hippodrome restera gravée dans mon cerveau… Quelqu’un est venu me ramené le MiniET que j’avais dans mon dos et qui s’était fait la malle… quand je l’ai vu, j’ai perdu ma concentration et MaxiET en a profité pour faire le guignol… il faut dire que se retrouver à contre sens avec un diable surmonté d’un ET avec un peloton de 15,000 personnes qui vous fusillent du regard car vous venez de les dépasser en criant comme un baudet car vous alliez plus vite… c’est assez inattendu. J’ai bien géré la situation mais j’ai quand même du reprendre mes esprits pendant 2 minutes sur le côté… La réponse à la question peut-on mélanger fun et chrono était trouvée... Par contre, je devais savoir si avoir un bon dossard était encore possible ! Je fini en 1h45. Et pendant une année, j’ai dû attendre pour avoir le verdict !

J’ai fait mes premiers 20 kms en 2003 et je pense qu’avec ce temps-là j’aurais été dans le premier box, voir max dans le second… Et bien, on s’est retrouvé dans le 3ème avec un dossard 14576 pour MaxiET ! J’étais un peu déçu mais là encore j’ai pu prouver que les 20kms se faisaient de plus en plus sérieusement par les coureurs ! Les chronos s’améliorent et le nombre de coureurs chevronnés augmentent et logiquement vu la preuve précédente de la non mixité des gens sérieux et des folkloriques, je me retrouve de plus en plus seul à les faire en déconnant… est-ce un bien ? Est-ce un mal ? C’est juste une constatation. Quand vint le jour de pouvoir démarrer de mon box bien mérité avec MaxiET, les règles de sécurité renforcées, ce manque d’esprit fun du peloton et la fin de mon étude me poussèrent à trouver une autre solution et c’est là que tout s’éclaira !

Ben m’a proposé de le faire en Handisport… Je me suis dis que si c’était pour pousser autant que ce soit quelqu’un à qui ça fait plaisir et quasi la veille, j’ai accepté cette proposition. Je ne me doutais pas de ce que j’allais vivre. Je suis arrivé, un peu penaud, avec ma timidité légendaire quand je n’ai pas de déguisement et j’ai suivi Ben qui était en terrain connu. Il me présenta Héléna qu’on allait pousser. Je ne savais toujours pas quelle maladie ces gens pouvaient bien avoir… C’est en voyant apparaître un de mes anciens professeurs dans le groupe que j’ai compris. Il avait dû arrêter l’enseignement quelques années plus tard car il avait la sclérose en plaques. Et bien, voilà, maintenant, je sais. Je dois bien admettre, je pense, qu’on ne s’appréciait que très faiblement à l’époque (et si il sait que j’en ai écrit une dissert’ il risque la crise de folie...) mais sa présence et son sourire m’ont touché. La vie est quand même bizarrement faite.. et je pense que la petite phrase qu’il m’a dite dans le stand m’a appris plus que tous ses cours… Elle n’avait pas de signification en tant que tel mais j’ai entendu : « Je suis là, je suis debout, je cours, je suis toujours vivant et je souris ! Rien n’a pu m’arrêter ! » . Sur le moment, j’ai juste répondu d’un autre sourire et on est parti vers le départ en criant dans tous les sens car on était en retard… On a juste eu le temps de prendre un selfie dans notre box Handisport et ce monsieur m’avait suivi jusque là et à immortalisé son sourire dessus. Ma journée était gagnée et je n’avais encore rien fait…

Notre chef de groupe a commencé à expliquer comment on devait courir. Les autres étaient des habitués donc il me posa la question : « As-tu déjà poussé une chaise ? »… Que répondre ? Oui mais avec une personne non handicapée dedans ? Oui mais avec un MaxiET dedans ? Une brouette vide ça compte ? Je me suis contenté d’un « ça devrait aller » assez laconique. Il me dit : « il n’y a qu’une règle : On court pour le fun ! ». J’ai bien failli l’embrasser ! J’avais trouvé mon milieu ! J’avais enfin trouvé les gens qui avaient compris l’essence même de la course à pied pour moi ! « Et bien sûr pour pouvoir faire ça, il faut veiller à la sécurité !!! » Et j’avais mis presque 10 ans à le comprendre par moi-même et ce type me l’explique le plus banalement du monde en 2 minutes ! « Je suis votre homme ! »

Et c’est parti pour les handi-sport ! Et Héléna sort son petit appareil photo de son sac ! Ça n’a l’air de rien mais ce geste me restera aussi gravé dans la mémoire. C’est la plus belle et plus simple preuve qu’elle ne veut pas perdre une minute de ce qu’on va lui faire vivre, de ce qu’elle se permet de vivre plutôt ! Rien ne l’empêchera de vivre cette expérience ! Elle ira jusqu’à sortir sa petite boîte de pilules en pleine course sans demander d’arrêt. Elle ne voulait pas que ces foutues pilules n’arrêtent cette expérience. J’ai bien tenté de m’arrêter pour lui faciliter la chose mais c’était déjà trop tard elle avait bien réussi à s’en sortir toute seule ! A chaque autre Handisport dépassé tout le monde crie le prénom de celui qui est dans la chaise. C’est la folie complète !

Au milieu du bois de la Cambre, les kenyans arrivent et je propose à Benoit de tester leur vitesse en les accompagnant pendant… tout le temps qu’on peut… et ils arrivent et on se lance à 2, ah non à 3 ! Le chef de notre groupe nous suit et on fait presque 200m avant de se faire décramponner !!!! On se marre et je suis impressionné par notre 3ème larron ! Ben me dit que, en fait, notre compagnon est atteint aussi… Ok, déconner quand la vie est belle c’est une chose mais arriver à faire ça quand la vie ne t’a pas fait de cadeau c’en est une autre ! Encore des secondes inoubliables ! Voir ce type avec un sourire jusqu'aux oreilles entre 3 kenyans sur les 20 kms de Bruxelles, il n’y a pas grand-chose de mieux !

On finira par faire quasi un negatif-split sur les 20kms de Bruxelles ! La montée de l’avenue Tervueren fût folle. J’ai pris la solution de facilité : derrière à prévenir les coureurs qui arrivent qu’il y a une chaise devant et les 5 autres tiraient et poussaient tant et plus ! Et c’est dans une douce euphorie qu’on a passé la ligne. On a donné tous ensemble sa médaille à Héléna et on a été en boire une ! Et bien oui ! Il y a des choses qui ne changent pas ! Et c’est là que celui qui a sprinté avec les kenyans m’a dit que vendredi il allait faire la Huy Night run déguisé avec un ami aveugle…

Voilà, j’ai voulu savoir si on pouvait se retrouver déguisé dans le box 1 des 20kms de Bruxelles et je me suis retrouvé à faire une expérience de vie inattendue.

Une dernière chose, ne me félicitez pas, si vous voulez féliciter quelqu’un revenez l’an prochain et venez courir avec nous où juste dire bravo à Héléna et à tout ceux qui se battent contre cette maladie ou une autre et qui utilisent la dérision pour s’en sortir ! Je pense que visiblement c’est un très bon complément aux pilules que les médecins donnent…

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